Les gros mots : selon l’humeur et pour le pire

Si les gros mots et l’argot font partie de nos moyens d’expression depuis très longtemps, ils composent désormais les vibrations contemporaines de la langue française. Communiquer, n’est pas que parler de choses concrètes, c’est aussi employer des métaphores parfois fleuries. Mais la frontière avec la vulgarité n’est jamais loin. Elle est même souvent allègrement dépassée.


À peine un enfant maîtrise-t-il le langage qu’il peut déjà utiliser des gros mots. C’est une façon de s’affirmer face aux autres. Un adulte fait la même chose face à la l’adversité, la contrariété. Cambronne nous a laissé en héritage son fameux « Merde » lorsque le 18 juin 1815 à Waterloo, il répondit violemment à un officier  britannique. Il ne s’agit ni plu ni moins qu’un exutoire.

Les médias trop triviaux

L’humoriste Coluche a été parmi les premiers à lancer des grossièretés en public. Grossier, oui mais pas vulgaire. Il y a une différence. Le journal Charlie Hebdo a payé le prix fort de son irrévérence par un infâme attentat en janvier dernier. Pour eux, le talent était... et est encore au rendez-vous, ce qui n'est pas toujours le cas aujourd’hui. La trivialité se répand comme du lierre sur un arbre. Le constat en est d’autant plus affligeant que même nos personnalités politiques s’y mettent ! On se souvient du « Casse-toi pauv’con » de Nicolas Sarkozy alors en fonction de président de la République. L’allocution à été relayée maintes fois par les médias. D’ailleurs, on sature des « salopes » « connards » ou « putain » à toutes les sauces. Internet y prend une large part avec ces sites, blogs et forums truffés de grossièretés, et accessoirement de fautes d’orthographe, comme les tapis de feuilles mortes recouvrant le sol en automne.
La télévision est passée à la vitesse supérieure en matière de grossièretés avec la chaîne cryptée Canal+ née le 4 novembre 1984. Les Nuls, l’équipe d’Antoine de Caunes dans Nulle Part Ailleurs, Groland, ou plus tard la série « H » s’en sont donné à cœur joie dans l’humour potache et décalé, ceci pour notre plus grand plaisir. Diffusées en clair à une heure de grande écoute, ces émissions ont au fil des années bouleversé le paysage audiovisuel français et par la même occasion nos habitudes de langage.

 

Ces divertissements n’étaient pas du meilleur goût, mais la vulgarité est actuellement à son paroxysme dans des créations bien moins drôles et parfois discriminatoires. Ainsi, W9 met en avant les travers les plus bas de jeunes gens originaires du Nord et du Sud de la France dans « Les Ch’tis » et « Les Marseillais », deux programmes totalement dénués d’intérêt. Les gros mots et insultes y sont remplacés par des « bips ». Nous assistons là à l’annihilation du respect de soi et d’autrui ainsi que du « bien vivre ensemble » ! Le pire est que ces émissions connaissent un franc succès auprès des adolescents.

Les auteurs et le prétexte de la mode

Les livres ne sont pas épargnés par cette déferlante grossière. L’illustre capitaine Haddock hurlait des noms d’oiseaux dans Tintin, mais rien à voir avec se qui se passe actuellement. Certains auteurs rebondissent manifestement sur la mode tendant à déblatérer des gros mots en public. Cette fois-ci tout est dans le titre. Ces livres pourraient être amusants si le filon n’avait pas déjà été surexploité dans d’autres domaines, ce qui devient un prétexte peut-être par défaut d'inspiration.


L’an dernier, les jumelles Anne-Sophie et Marie-Aldine Girard ont publié « La femme parfaite est une Connasse », qui se veut être un  Guide de survie pour les femmes « normales ». Si l’intention est louable, la ligne éditoriale est discutable. Cet ouvrage pop-chic est censé les faire déculpabiliser des dictats sociétaux à leur encontre. Au final très conformiste, le texte ne véhicule que des propos faussement féministes. Mesdames : on y apprend notamment comment garder votre dignité quand vous êtes complètement bourrées ! Évidemment, la femme parfaite n’existe pas. Une femme au réveil  est comme chacun(e) d’entre nous : haleine médiocre, voire catastrophique, cheveux en pétard, teint terne envie de pipi et quelquefois victime de sa mauvaise humeur.
Ce livre s’est tout de même vendu à plus de 400.000 exemplaires. Un deuxième tome puis une intégrale  sont sortis. Les jumelles ont aujourd’hui une émission satirique sur France 2.


Vous en voulez encore ? Il y a bien pire, si, si… et pour la gent masculine (chacun son tour !) : « Comment devenir un connard », guide à l'usage de tous les abrutis par Franck Zerbib.  Messieurs, ce livre paru le 24 septembre dernier vous apprend à arnaquer vos potes, séduire les filles de façon machiste et à devenir des bad boys. Il paraît que les « nanas » les adorent ! L’auteur a même ajouté dans le texte de présentation : « Mais on ne devient pas un Connard de mon envergure en collant des gommettes sur des cahiers Barbie Princesse. » Un peu d’autosatisfaction ne fait pas de mal. L’écriture de cet ouvrage y est vulgaire et consternante. Franck Zerbib a clairement utilisé un style pseudo-dérangeant et pour le coup inintéressant.

Livres, télévision, Internet : les gros mots sont partout. On ne sait surtout plus ou se trouve la frontière avec la vulgarité, le réel et l’irréel. C’est le mélange des genres souvent au nom du Divertissement. Dans une époque particulièrement difficile, tout à chacun à besoin de se détendre, s’amuser. S’agit-il vraiment d’une détente ? NON. Il y a saturation, le vase déborde. Pourtant, le public semble en redemander. Il n'a pas peur du grand saut dans cette société du grand vide.

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